De l'art en politique

La culture et l'art sont une clef essentielle pour permettre à nos sociétés d'opérer leur mutation face aux crises structurelles actuelles. L'art stimule l'innovation, l'art contribue à la résolution d'enjeux de société quotidiens. 

Il appartient aux politiciens de systématiser cette réflexion et d'intégrer l’art aux champs multiples de leur action.

De l’art en politique

Nos sociétés occidentales sont confrontées à une crise structurelle qui relève d’une mutation civilisationnelle. Cette crise trouve ses origines bien au delà des classiques aléas économiques et cycles financiers. Il faut faire fi des remèdes passés, et explorer, inventer de nouvelles formes d’humanité. Sur quelle base ? 

Le XIXe s’est caractérisé par l’émergence de la machine industrielle et celle du XXe par la robotisation croissante de nos activités, révolutions qui nous ont permis de libérer nos corps des taches les plus pénibles. La fin du XXe et ce début de siècle voient pareillement l’ordinateur et l’informatique (calcul, stockage et archivage de la connaissance, intelligence artificielle), supplanter notre capacité cérébrale dans des domaines croissants de notre quotidien.

Ainsi l’homme a appris, en déléguant aux outils mécaniques et numériques, à alléger la contrainte imposée à l’activité musculaire et intellectuelle, ce faisant décuplant dans des proportions inédites de l’histoire humaine la portée de notre corps et de notre esprit. Mais est-il une dimension qui nous demeure irremplaçable et inaliénable ? Pratiquement, où est notre avantage compétitif face au robot et au numérique ?

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«Nous sommes instruits par notre esprit, animés par notre âme » écrit François Chen. Animus-anima. L’essence même de l’être humain est son âme. L’âme s’exprime par les émotions. Voilà qui touche à un thème rarement associé à la politique, voire même qui est source de scepticisme. Un programme politique se doit d’être concret et chiffré.

Et pourtant, les émotions sont une dimension qui domine le débat actuel. Les tendances et réalités populistes et nationalistes y trouvent leur ferment, que savent exploiter et manipuler les forces à l'œuvre (bio-psycho-social profiling, cognitive warfare...).

L’art exprime et canalise les émotions. Je suis convaincue que la culture est l’un des axes essentiels à reconnaître et développer pour évoluer vers des formes de société où l’humanité est centrale et l’homme maitre de son destin. Les Temps Modernes nous le rappellent avec toute l’acuité de Chaplin : la scène finale donne à voir que désormais créatifs les deux protagonistes prennent la clef des champs, libres et heureux de marcher vers un horizon qu'ils se sont choisi.

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Or notre système éducatif n'est pas adapté à cette trajectoire. Regardons l’avènement de l’instruction publique en France. Que de chemin depuis l’école paroissiale devenue obligatoire en 1698. Il est aujourd’hui acquis que l’éducation est un droit universel. L’école nous enseigne essentiellement à apprendre et à penser, avec un soupçon de sport et de pratique artistique. L’école est centrée sur le développement de notre esprit.

Or faire face aux défis actuels et à la nécessité d’inventer de nouvelles formes de vivre et de produire ensemble requiert plus qu’une tête bien pleine ou un bel esprit. Nous avons besoin d’imagination, une condition sine qua non de l’innovation. Il est scientifiquement démontré que la pratique artistique, caractérisée par une approche atypique et la prise de risque, stimule l’innovation en matière scientifique et la performance d’entreprise.

 

Tangiblement, l’art apporte aussi des solutions à des enjeux familiers.

Ainsi en est-il par exemple de la santé publique avec le vieillissement de la population, certaines maladies chroniques tel Alzheimer ou l’arythmie cardiaque, les troubles alimentaires, la dépression, la dépendance aux drogues – la pratique artistique réduit la dégénérescence cellulaire, régule le métabolisme, reconstruit les liens neuronaux, atténue les dépendances…

De même, il est prouvé qu’intégrer l’art dans le curriculum de l’école renforce le civisme de l’enfant, réduit la violence et les comportements antisociaux, tout en améliorant la performance cognitive et ce d’autant plus que la participation artistique est active.

Maintes expérimentations abondent montrant l’impact positif d’une pratique artistique et culturelle sur l’intégration des immigrés, la réinsertion sociale, la cohésion et l’identité du groupe, la prise de conscience de notre environnement ou les habitudes de consommation… La liste des bénéfices associant activité humaine et arts est loin d’être exhaustive.

 

Il ne s'agit pas d'instrumentaliser l'art. Il ne s’agit pas non plus de transformer chacun de nous en artiste, mais plutôt d’intégrer l’art dans le quotidien. Dans la culture aborigène le statut d’artiste n’existe pas : chaque membre de la communauté a une part d’artiste en soi, qui fonde son bien-être et transparait dans son interaction avec l’autre et la nature. Ainsi dans nos sociétés, faire la part entre l’enseignement des arts et l’enseignement par les arts. Ainsi faire sortir l’art des musées et des salles de spectacle. Ainsi intégrer dans la formation continue une dimension créative comme moteur de notre adaptabilité consentie. 

Il incombe aux acteurs de la vie publique et en premier lieu aux politiciens d’associer l’art aux champs multiples de leur action, qu’il s’agisse de notre identité, de l’économie, des réformes, de la mutation démographique, de la justice sociale, des services publics, de la sécurité, de l’aménagement des territoires ou du changement climatique.

Il est temps d’engager une réflexion systématique. En la matière, la France et l’Europe bénéficient d’un capital culturel et artistique énorme, qui ne demande qu’à être réveillé, stimulé, soutenu et déployé tout azimut. Là réside notre avantage compétitif majeur, là est notre futur.

 

Marianne MAGNIN est la fondatrice et présidente de The Cornelius Arts Foundation, une organisation reconnue d'utilité publique œuvrant par la recherche-développement à la promotion de l'art comme force transformative pour l'individu, la communauté et la société. Elle a présenté le contenu de cet article en janvier 2017 à la Chambre des Lords auprès d'un comité chargé des affaires culturelles et des industries créatives. Marianne Magnin est également candidate MoDem Europe du Nord pour les législatives 2017 et membre du Comité Exécutif LibDems pour Westminster et City of London. 

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