euro 2.0 : pour de nouveaux critères de convergence et un mandat de la BCE élargi

(English version further down)

Face aux crises et contraintes liées à l’euro, des formations démagogues proposent son démantèlement. Les partis gouvernementaux ne peuvent se contenter d’insister sur les risques de ces propositions. Ils doivent de manière urgente avancer des solutions économiquement crédibles et politiquement équitables.

En priorité, ils doivent proposer :

  • Des critères de convergence affinés qui ne pénalisent plus les investissements de long-terme ou transnationaux ;
  • Un mandat élargi pour la BCE qui lui permette de lutter contre les déficits et excédents bilatéraux excessifs et les bulles spéculatives que ceux-ci génèrent.


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Les élections générales françaises sont dans six mois. Elles appelleront à faire l'inventaire politique de ces cinq dernières années. Des débats vifs sont déjà engagés mais l'euro, ses crises et sa gestion restent relégués aux seconds rôles.

Est-ce de l'embarras ou un aveu d'impuissance ? Peu importe, un tel silence n'est pas tenable. Il élude le devoir d'inventaire de du projet politique sans précédent qu'est l'euro. Il enferme les électeurs dans une alternative qui les abaisse : le status quo ou le chaos. Le référendum britannique l'a bien montré, proposez ce genre d'impasse aux électeurs et ils la transforment en boulevard pour les démagogues et leurs solutions-miracles.

 

La question politique est simple : si c'était à refaire, à quoi ressemblerait l'euro 2.0 ? Cette note propose deux pistes.

 

L'euro 2.0 n'aurait certainement pas les mêmes critères de convergence et de stabilité. Les critères actuels ont été impeccablement respectés jusqu'en 2008 par l'Irlande, l'Espagne et Chypre mais superbement ignorés par l'Allemagne en 2004 et 2005, leur inefficacité à prévenir les crises est donc criante. Plus grave, il devient de plus en plus évident que ces critères pénalisent les pays qui, du fait de démographies plus dynamiques, ont des dépenses d'éducation accrues ainsi que ceux qui s'engagent davantage dans la défense ou la sécurité, domaines qui pourtant bénéficient aussi aux autres états membres. À titre d'exemple, si la France avait la même démographie et les mêmes capacités militaires que l'Allemagne, son déficit budgétaire serait d'au moins deux points de PIB inférieur. En d'autres termes, son déficit actuel serait de seulement 1,7% bien en dessous des 3% requis. Elle aurait respecté ce critère dès ... 2012, juste un an après l'Allemagne et ainsi ferait aussi bien que les Pays-Bas et mieux que la Finlande, deux pays pourtant souvent érigés en modèle de rigueur budgétaire.

Économiquement cela n'a pas de sens, politiquement c’est indéfendable. Les partisans de la monnaie unique doivent donc ouvrir le débat sur ces critères. Ils doivent militer pour que l’euro 2.0 puisse différencier clairement les pays dont les politiques budgétaires sont simplement laxistes de ceux qui investissent à long terme ou au-delà de leurs propres intérêts nationaux. Défense, politiques familiales et éducatives mais aussi recherche fondamentale, décarbonisation de la production énergétique ou maintien de l'intégrité des frontières extérieures doivent être au moins partiellement exclus de ces critères.

 

L'euro 2.0 n'aurait certainement pas la même Banque Centrale Européenne. Son mandat actuel a déjà prouvé ses limites. Ces cinq dernières années, la BCE n'a pas été en mesure de limiter les bulles immobilières espagnoles et irlandaises, ni leur contagion aux systèmes bancaires de ces pays et in fine à leurs finances publiques. Dans une zone monétaire où les capitaux privés circulent librement mais pas les dettes publiques une telle incapacité n'est pas tenable. La BCE doit, comme la Banque d'Angleterre avoir des outils pour limiter l'émergence de bulles spéculatives, en particulier immobilières.

Plus inquiétant, loin de la convergence attendue, les excédents et déficits extérieurs des états membres divergent de manière incontrôlée. L'Allemagne et les Pays-Pas génèrent chaque année autant d'excédents extérieurs que la France ne produit de richesses en un trimestre. Ce sont des excédents hors norme qui peuvent à tout moment se transformer en déséquilibres bilatéraux au sein de la zone. Aucun pays, quelque soit sa compétitivité, quelque soit sa frugalité budgétaire ne peut absorber de tels montants sans mettre en danger son système financier et à terme ses finances publiques. Les partisans de la monnaie unique doivent ouvrir le débat des déséquilibres bilatéraux et des risques qu'ils font peser à la stabilité des économies nationales. Ils doivent militer pour que la BCE puisse intervenir, qu’elle ait un rôle actif dans la gestion des balances de comptes courants au sein de la zone euro et puisse les limiter à des niveaux (au moins 2% du PIB) qui ne mettent pas en péril les équilibres financiers des pays membres. Au regard des incertitudes pesant sur l'économie mondiale, de la fragilité de certaines économies au sein de la zone, ce débat est particulièrement urgent.

 

La conjonction des élections néerlandaises, françaises et allemandes offre une unique opportunité pour renouveler le mandat démocratique de la monnaie unique et jeter les bases de l’euro 2.0. Critères de convergence et mandat de la BCE en particulier demandent une réponse programmatique urgente car ils sont les plus à même à être exploités politiquement par les partisans du démantèlement de la monnaie unique. Il est urgent que les partis de gouvernement se retroussent les manches et mobilisent leurs capacités programmatiques. Il est urgent qu'ils convainquent les électeurs que les termes du débat sur l'euro ne se résument pas au choix entre le status quo et le chaos et au-delà qu’un euro qui évolue, apprend, comprend et s'adapte est possible.

 

Thibaud de BARMON est basé à Londres et travaille depuis 9 ans comme régulateur bancaire. À ce titre il a été particulièrement impliqué dans les sujets de réformes et de restructuration bancaires. Précédemment il a travaillé durant 12 ans  dans les activités de banque d'investissement du groupe Crédit Agricole à Hong Kong, Paris et Londres. Il est diplômé de HEC Paris et membre du bureau du Mouvement Démocrate Europe du Nord.


French general elections are six months away. Inevitably they will take stock of the major policies of the past five years. Many robust debates have already started, yet the Euro and its management remain surprisingly absent. 
Is it embarrassment or powerlessness? No matter what, such silence is not sustainable. It avoids the fundamental duty to inquire one of the most far-reaching political project of the past 50 years. It maintains public opinions in a degrading alternative, the status quo or the chaos. The UK referendum has clearly shown it: propose such cul-de-sac to the electorate and it will transform it in a boulevard for the demagogues and their miraculous solutions.
The political question is simple: if Euro 2.0 is possible, how would it look like? This note proposes to investigate in priority two avenues.
Euro 2.0 would surely have different convergence and stability criterias. Till 2008 the current criterias had been impeccably adhered to by Irlande, Spain and Cyprus but proudly ignored by Germany. Their ability to prevent crisis is thus blatant. More worrying, it is increasingly obvious that they punish demographically dynamic countries, which require increased education spending, as well as those wich have opted for more ambitious defence and security programmes, even though these are likely to benefit other member states in the long run. For instance, had France similar demographics and defence capabilities as Germany, its budget deficit would likely be at least two percentage point of GDP lower. This would mean that this deficit would only be 1.7% of GDP well below the 3% required by the treaties. Moreover France would have adhered to that criteria as early as... 2012, juste one year after Germany. On this criteria alone France would have done as well as the Netherlands and better than Finlande, two countries lauded for the rigorous management of their public finances.
Economically such situation doesn't make sense, politically it is suicidal. To the sections of the French electorate exposed to spending cuts, it can only be seen as an injustice. 􀀀Proponents of the single currency owe to address this and put the question of these criterias on the table. They must campaign for Euro 2.0 to clearly make a difference between countries with lax public finances from those carefully investing in the future or beyond their own national interests. Defence, child care, primary and secondary education, but also fundamental research, decarbonisation policies, preservation of European external borders should be at least partially excluded from these criterias. 
Euro 2.0 would certainly have a different European Central Bank. The central bank's current mandate has already shown its limits. Despite obvious cases of asset price bubbles in Ireland's and Spain in the run up  to the crisis, the ECB has been unable to limit them nor to prevent their contagion to these countries' banking systems and public finances. In a single currency area where private capital flows freely but financing of public debts don't, such powerlessness is not sustainable. Similarly to the Bank of England, the ECB must have tools to identify and act upon speculative bubbles, especially in the property sector.
Another area requiring proactive interventions by the central bank is that of member states' external imbalances (trade, services and current account deficit or surpluses). Since the inception of the Euro these imbalances have been diverging incontrollably. Every year, Germany and the Netherlands generate as much external surpluses as France produces wealth in a quarter. These are extraordinary surpluses and they could at any time become bilateral imbalances within the single currency area. No country, no matter it's competitiveness, no matter the health of its public finances could absorb such flows avoid them to lead to instabilities in local banking systems and in fine public finances. The proponents of the single currency owe to put the question of bilateral imbalances on the table and in particular of the risks they pause to the stability of economies of member states, especially those with externally balanced positions. They must campaign for the ECB to have the means to act upon such imbalances and limit them to levels (at least 2% of each member state's GDP) which wouldn't threaten the stability of each national financial systems. Considering the growing uncertainties surrounding the world economy and the fragility of some member states, this debate is particularly urgent.
The conjunction of the Dutch, French and German general elections presents a unique opportunity to renew the democratic mandate of the single currency and to lay the foundations of a new Euro, the Euro 2.0. Convergence criteria and ECB mandate are the elements of the single currency which are the most vulnerable to be used by its political adversaries. They urgently require a policy response. It is urgent parlementarian parties roll up their sleeves, mobilise their policy capabilities. It is urgent that they present the electorates other choices than the status or the chaos and beyond that that they demonstrate that a Euro that evolves, learns, understands and adapts is now possible. 
Thibaud de BARMON has been working in financial regulation for the past 8 past and has been particularly active in the areas of banking reforms and banks' restructuring. Prior to that he worked for 12 years in the Credit Agricole group in Hong Kong, Paris and London. He graduated HEC Paris in 1996

 

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