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La réforme des universités amorcée par le gouvernement cet été vient après de nombreux cris d’alarme sous la forme de livres, rapports, éditoriaux appelant à un changement en profondeur de notre système d’enseignement supérieur. En 1998, dans un rapport resté sans effets, Jacques Attali et d’autres “sages” décrivaient déjà l’inadaptation de notre système aux défis posés par l‘économie de la connaissance: “L’enseignement supérieur doit revoir d’urgence ses objectifs et simplifier son organisation. […] La première mission des universités et des grandes écoles n’est plus le recrutement des cadres de l’Etat, qui n’est plus au centre de la vie économique et industrielle, mais de servir les étudiants, de donner a chacun d’eux, quel que soit son milieu d’origine, toutes les chances de trouver son domaine d’excellence, de se préparer aux métiers d’après-demain et de faire progresser le savoir.”
Les objectifs que se fixent les universités britanniques sont très proches de ceux proposés dans le Rapport Attali. Ils sont au nombre de trois:
1. Permettre aux individus de se développer sur les plans personnel et professionnel;
2. Faire avancer le savoir à travers la recherche; et
3. Contribuer au succès économique et à la diversité culturelle du pays.
Les “missions du service public de l’enseignement supérieur”, telles qu’elles apparaissent dans le texte de loi voté par le Parlement, offrent un cadre beaucoup plus rigide aux universités françaises, même s’il est élargi. Les “missions” françaises définissent des tâches spécifiques quand les “objectifs” britanniques donnent un vrai rôle à l’université dans la société et l‘économie du pays.
Pour permettre aux universités de remplir leurs objectifs, l’Etat britannique a mis en place par des reformes échelonnées sur deux décennies un système flexible et simplifié. Ce système n’est pas à l’abri de dérives, mais il a permis aux universités britanniques de se hisser au premier rang en Europe et dans le monde. Transposer les solutions britanniques en France serait sans doute inefficace, compte tenu de nos traditions académiques très différentes. Cependant, dans un domaine de plus en plus marqué par la concurrence – tant pour les étudiants que pour les enseignants ou les budgets de recherche – on doit se demander ce qui a dynamisé les universités d’outre-Manche et quelles leçons il faut en en tirer.
Cette note traite plus de l’aspect éducatif des universités, et avant tout du premier cycle, que de la recherche, secteur qui nécessiterait une étude plus ample.
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| Note_Recherche_Universites_Sept2007.pdf | 232.51 Ko |
Commentaires
Compte-rendu du débat
20 janvier, 2009 - 17:15 — vincentSuite à cette note de recherche un débat a été organisé autour de ce même thème, en voici le compte-rendu.
Quatre grands principes de réforme ont été débattus :
- Ouverture de l’université sur le monde de l’entreprise – Mode de financement des universités – Degré d’autonomie pédagogique – Sélectivité
Il a d’abord été constaté que le fonctionnement des universités britanniques se rapproche davantage du système des Grandes Ecoles en France. Leur mode de financement, leur sélectivité, la relative autonomie pédagogique dont elles jouissent, leur ouverture sur le monde de l’entreprise sont autant de points communs avec la filière des Grandes Ecoles en France.
1. Ouverture de l’université sur le monde de l’entreprise
Une grande partie du débat a porté sur la nécessité d’accroître les relations entre l’université et le monde de l’entreprise afin de: – Informer les étudiants sur les débouchés et futurs métiers pour ajuster offre/demande de travail – Améliorer l’image des universités auprès des entreprises – Insister sur l’apprentissage par les étudiants de capacités (travailler en groupe, présenter son travail, synthétiser des documents,…) plus que de connaissances – Développer le financement de l’université par les entreprises – Accroître les offres d’emploi au sein des universités (mais cela dépend aussi du marché du travail en France)
Nous avons alors proposé quelques solutions – en plus de celles envisagées par la reforme en cours en France – pour dynamiser les relations entreprises/universités : – Inviter davantage d’intervenants du monde de l’entreprise – Favoriser la mobilité professionnelle entre l’enseignement/recherche et l’entreprise – Débloquer un budget plus conséquent sur l’orientation/information/Bureau de l’emploi – Enseignement en Anglais
Sur la nécessité d’ouvrir l’université sur le monde de l’entreprise, un consensus certain a su se dégager. Ce ne fut pas le cas des autres principes
2. Sélection
Certains croient voir en la sélection un moyen efficace pour : – Responsabiliser les étudiants – Ajuster les effectifs de certaines filières à la demande de travail – Eviter à certains élèves de s’engager dans une voie sans y avoir préalablement réfléchi – Mettre fin à l’hypocrisie actuelle d’une apparente non sélectivité (« 80% d’une classe d’age au bac »
D’autres s’y sont plutôt opposés en avançant : – le creusement des inégalités entre les plus aisés qui savent naviguer dans ce type de système et les autres – la difficulté pour un élève de déterminer à 17/18 ans son futur métier
Mais nous nous sommes accordés sur l’importance de l’orientation de l’élève depuis le collège. Plusieurs propositions ont été faites pour son amélioration : – un semestre d’orientation à l’université, – un « entretien » avant son choix de filière à l’université, – une orientation plus poussée au collège et lycée – des stages plus fréquents – le sujet de l’encadrement des étudiants a également été abordé. Davantage de suivi permettrait aussi de mieux accompagner les élèves et de les responsabiliser
Cependant, il faudrait aussi en parallèle permettre aux jeunes de travailler dans un secteur qui n’est pas forcément directement lié à leurs études. Ce qui rendrait alors la conséquence d’une mauvaise orientation moins grave. Les études sont avant tout un moyen de développer l’intérêt et les capacités d’apprendre et de s’adapter. En Angleterre ainsi un étudiant qui a fait des études de biologie peut ensuite aller travailler dans le département de finance d’une entreprise.
Mais, nous avons tous acquiescé à la proposition d’indiquer à chaque étudiant le coût que représentent à l’Etat ses années d’étude. Une responsabilisation des élèves pourra ainsi être engagée.
3. Le financement des études
Face à la massification de l’enseignement et la concurrence internationale, comment accroître les moyens des universités ?
Si l’idée de mettre à contribution les entreprises, d’autres types d’organismes privés ou bien les étudiants étrangers a été bien accueillie, nous n’avons, par contre, pas trouvé de points d’accords sur la question d’une contribution plus importante des étudiants eux-mêmes.
Ceux qui ne partageaient pas l’idée d’une sélection accrue à l’université n’ont pas non plus défendu l’augmentation du coût des études pour les élèves. Par contre, ceux qui se rangeaient derrière le principe de sélection n’ont pas tous adhéré à l’idée d’un accroissement des coûts universitaires.
Les arguments répondent généralement à ceux échangés sur le principe de la sélection. On notera les différences suivantes : – Pour les partisans d’un coût accru à la charge des étudiants, les avantages que les universités (meilleur encadrement, recherche plus compétitive, infrastructure adéquate,..) en retireraient seraient supérieurs aux coûts « sociaux ». Un système de bourse/prêt peut compenser les effets pervers de ce système – Les opposants ont encore davantage marqué leur inquiétude sur un possible accroissement des inégalités à travers cette mesure que lors de la question de la sélectivité. L’inégalité des chances leur est en effet apparue encore plus criante à travers ce système que le principe de sélection. Les systèmes des prêts poussent les étudiants vers les métiers les plus rémunérateurs les détournant des emplois moins lucratifs et ne semblent pas donc une solution réellement satisfaisante.
4. L’autonomie pédagogique
Ce sujet a moins été débattu.
Le caractère national du diplôme a été réaffirmé afin de donner une lisibilité claire aux diplômes et éviter les disparités géographiques
L’université doit pouvoir néanmoins choisir la manière dont elle alloue ses fonds/ moyens humains entre ses différentes filières et décider de l’ouverture/fermeture de nouvelles formations.
Conclusion
Un débat animé mais instructif. L’ouverture de l’université sur le monde de l’entreprise et une autonomie pédagogique encadrée par les diplômes à valeur nationale ont dégagé un certain consensus. Mais sur les questions du financement et de la sélection des étudiants les divergences ont été plus nombreuses. Cependant certaines idées ont été partagées par tous comme celle de l’accroissement de la responsabilisation des étudiants ou d’un effort d’orientation/information beaucoup plus poussé.