Stephen Hester, le patron de la Royal Bank of Scotland (RBS), a demandé qu’en mars 2012, un bonus de 1,5 M £ (1, 8 M €) lui soit versé pour bons et loyaux services en plus de son salaire annuel de 1,2 M £ (1,45 M€). Rappelons qu’il avait reçu, en mars 2011, une rémunération totale de 4,5 M £ (5,4 M€) et que depuis cette date, l’action de RBS a perdu la moitié de sa valeur, 30 000 employés ont perdu leur emploi et 5000 nouveaux licenciements sont annoncés. Rappelons aussi que l’État britannique contrôle 83 % du capital de la banque qui n’a évité une faillite, fin 2008, que par l’apport massif de capitaux publics, une situation bien pire que celle de la plupart des banques européennes. Cette déroute résulte pour une part de la crise bancaire internationale mais surtout de nombreuses erreurs stratégiques des dirigeants de RBS de 2005 à 2007 à un moment où il est vrai Stephen Hester n’était pas à la barre. Mais le Gouvernement britannique en tout cas Nick Clegg et Vincent Cable paraissent considérer les exigences de Stephen Hester comme « obscènes » et se sont engagés à les faire rejeter par le Trésor qui représente les contribuables britanniques, c’est-à-dire les principaux actionnaires. En Grande-Bretagne, il existe un consensus grandissant (même le Financial Times y participe) pour dire qu’un bonus ne saurait être justifié que par des performances exceptionnelles et incontestables, ce qui clairement n’est pas le cas chez RBS.
La même arrogance dans la demande se retrouve chez le « presque futur candidat » : Nicolas Sarkozy. Il demande au Peuple français sa réélection pour cinq ans avec la même assurance que Stephen Hester demandant son bonus. Ne se donne-t-il pas du mal pour diriger le Pays au milieu d’une tempête économique et financière qui serait la plus grave depuis 1929 ? Ne rend-il pas de bons et loyaux services en œuvrant pour le redressement d’une situation compromise par les erreurs de ses prédécesseurs ? Mais pour juger si une telle demande est recevable, seule une analyse sans concession du bilan et des résultats obtenus devrait compter.Prenons un peu de recul historique en examinant la situation des cinq Présidents de la cinquième République qui ont précédé Nicolas Sarkozy. Le Général de Gaulle avait rendu d’immenses services au pays de 1958 à 1965 qu’il s’agisse de la création des Institutions, du rétablissement économique et monétaire, du lancement réussi du Marché Commun. Et pourtant sa réélection en 1965 fut plus contestée que prévue et avec le recul du temps il n’est pas sûr que ce fût une bonne idée. Le deuxième mandat fut marqué par des scandales, des initiatives hasardeuses telles que la politique de la chaise vide à Bruxelles et le désarroi face aux évènements de Mai 68. Il fut d’ailleurs abrégé en avril 1969. Il a fallu attendre 1981 pour qu’un Président sollicite un deuxième mandat qui lui fut refusé. Valéry Giscard D’Estaing avait pourtant un bilan autrement plus convaincant que celui de Nicolas Sarkozy. Lui aussi avait engagé de nombreuses réformes, avait dû faire face à une situation économique et monétaire internationale difficile avec les deux chocs pétroliers mais il suffit de rappeler qu’en 1980 le nombre de chômeurs était la moitié du niveau actuel, que la dette de la France était un quinzième du celle de 2010 et que le budget était à l’équilibre.… . Les deux Présidents qui lui ont succédé : François Mitterrand et Jacques Chirac ont tous deux obtenu leur réélection mais dans les deux cas le bilan du deuxième mandat n’est pas flatteur. La France paye aujourd’hui lourdement l’immobilisme de ces deux mandats de deux Présidents fatigués et désabusés. La dette quant à elle a doublé pendant le deuxième mandat de François Mitterrand et a grandi de 50 % pendant le deuxième mandat de Jacques Chirac. Aux USA aussi, les études montrent que les deuxièmes mandats sont le plus souvent décevants alors même que les candidats mettent en avant l’expérience qu’ils ont acquise lors de leur premier mandat.
Au vu de ces précédents historiques, la demande d’un deuxième mandat ne paraît pas convaincante mais c’est surtout le bilan du premier mandat qui disqualifie Nicolas Sarkozy. L’agitation tous azimuts, les coups de menton, les déclarations à l’emporte-pièce et souvent contredites par lui-même ou par son entourage ne peuvent dissimuler les erreurs d’analyse, l’absence de priorité, de continuité dans les réformes et surtout l’absence flagrante des résultats escomptés. Les chiffres sur le plan du chômage, de la dette publique et de la compétitivité tels que le révèle un déficit commercial croissant sont accablants. Et la crise bancaire et financière n’explique pas tout. Plus grave encore, sous l’angle de l’éthique le régime paraît épuisé. Bref il est peu probable que le Peuple français juge autrement qu’irrecevable la demande d’un deuxième mandat. Espérons que les électeurs sauront le dire avec suffisamment de force dès le 22 Avril.
La réélection de Nicolas Sarkozy n’est pas plus un dû que le bonus de Stephen Hester.





