Brexit - les dés ne sont pas jetés

Edito du Mouvement Démocrate Europe du Nord

Il y a des éditos qui ne laissent pas indifférent. Le dernier en date (25 mai) de notre député PS de la circonscription de l’Europe du Nord, commentant le résultat du référendum britannique sur la sortie de l’Union Européenne, l’est pour de trop mauvaises raisons.

Il révèle une méconnaissance aiguë de la dure réalité sur le terrain et du ressenti de la communauté française, un esprit revanchard et étriqué de la sortie du Royaume Uni, et une carence cruelle de vision stratégique.
Tout d’abord, le résultat du référendum n’est pas aussi ‘clair’ (dixit) qu’il pourrait l’apparaître : seuls 36% des votants éligibles se sont prononcés en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Le vote fait également fi des 3 millions de citoyens européens résidant au RU exclus du référendum, dont 300,000 français une majorité desquels étant domiciliés sur la région de Londres, région qui s’est exprimée majoritairement pour rester dans l’Union Européenne (59%). Le résultat ne reflète pas non plus le hiatus générationnel, la tranche 18-24 ans ayant soutenant sans équivoque (73%) le maintien du Royaume-Uni (RU) dans l’Union.
Ainsi, écrire que ‘le résultat du référendum britannique est nettement en faveur d'une sortie de l'Union’ est une méprise fondamentale. En témoignent clairement la mobilisation des européens résidant au RU durant la campagne et à l’issue du vote, au delà des clivages politiques. La tentation de la France hexagonale de dire ‘bon débarras’ va à l’encontre des convictions et des intérêts de ses expatriés.
En second lieu, la sortie du RU n’est pas actée. Ce référendum était consultatif et n’engage pas légalement le RU. Les initiatives civiles d’envergure qui se développent (ainsi de plus de quatre millions de pétitions recueillies auprès du Parlement britannique en faveur d’un 2ème referendum), le rôle à jouer de ce même Parlement (les trois quarts des députés se sont prononcés en faveur du maintien) et les atermoiements du gouvernement et des leaders de la campagne pour faire suite au vote référendaire, laissent un espoir, aussi ténu soit-il, que les résultats ne sont peut-être pas si définitifs. Le gouvernement, et les élus français ont le devoir de ne pas pousser à la rupture et au contraire de travailler à des alternatives compatibles avec les principes fondamentaux de l’Union et d’entente cordiale entre la France et le RU.
Que nous dit le résultat du referendum ? Que le RU est polarisé entre ceux qui se sentent exclus et ignorés, et ceux ayant intégré la mondialisation comme part intégrale de leur futur. Ce vote révèle le repli sur soi et le rejet de l’autre face à des mutations économiques et sociétales profondes et globales, qui ne sont certainement pas le monopole du RU. La France et le reste de l’Europe font face aux mêmes enjeux. Ayons une approche collective à leur résolution.
Les vrais défis sont ceux de comprendre ces mutations profondes et d’y associer la refonte du projet européen avec
  • un leadership ambitieux, visible et fédérateur sur des valeurs positives,
  • une transparence accrue des processus politiques de décision,
  • une accélération de l’intégration (n’oublions pas que l’UE est à l’avant-garde du monde - les autres blocs regardent et suivent) soutenue par la simplification, le pragmatisme et la prise de risque,
  • des solutions novatrices pour affronter les enjeux structurels, commerciaux, financiers, sécuritaires, migratoires et environnementaux, et
  • une démarche de pédagogie sur l’Europe (valeurs, vision, gouvernance, bénéfices, sujets en-cours…).
Les jours, semaines et mois à venir diront ce qu’il en est de la sortie (ou non) et de ses modalités.
Le MoDem Europe du Nord s’engage auprès des Liberal Democrats et des autres forces européennes progressistes pour
  1. combattre la sortie du RU par exemple en cas d’élection générale prématurée (les LibDems se sont engagés en ce sens),
  2. une réflexion en profondeur sur l’UE au delà des lignes partisanes
Ce vote est un choc salutaire - ne laissons pas aux eurosceptiques, anglophobes, xénophobes et intérêts personnels le monopole de l’initiative.
L’Union est légitime, qu’elle n’ait pas peur de ses ambitions. L’Union est collective, qu’elle ne jette pas le cas ‘Royaume Uni’ aux orties, car le loup nationaliste resurgirait.
Faisons preuve de leadership et de courage politique: rejoignez nous dans cette réflexion commune et ces actions transversales, sans effets de manche et opportunisme politique. Ce chemin prendra du temps, construisons le ensemble.